Lettre à, vous, mes ami-es écologistes

Cher·e·s toutes et tous,

 

J’ai ré-adhéré il y a quelques semaines à EELV. Certain·e·s ici me connaissent bien, d’autres sont arrivé·e·s plus récemment. J’ai souhaité vous écrire pour vous expliquer les raisons de mon départ et celles de mon retour.

 

En septembre 2017, j’ai remis ma démission du bureau exécutif. Cette décision est intervenue alors que j’étais secrétaire nationale adjointe, après m’être engagée intensément au service de l’écologie. Depuis la création d’EELV en 2009, j’ai été tour à tour : co-secrétaire régionale, vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, porte-parole nationale ou organisatrice des journées d’été notamment.

 

Lorsque, un an et demi plus tôt, avec Annie Lahmer, Elen Debost et Isabelle Attard, nous avons parlé à visage découvert des violences sexistes et sexuelles dans notre mouvement, nous nous sommes retrouvées au cœur d’un raz-de-marée. “L’affaire Baupin” a été un bouleversement mais elle nous a surtout mises face à une réalité: les femmes victimes sont nombreuses et pourtant tellement seules. Il est difficile de rester dans une structure dans laquelle des violences sexuelles ont été dénoncées, malgré le soutien important du parti. J’en ai détaillé les mécanismes dans mon livre, Parler. De nombreuses femmes ont elles aussi connu le même parcours, partout et à n’importe quel âge. Cette récurrence a un nom: les violences que nous subissons sont politiques. “On se lève et on se casse”, disent les féministes. C’est finalement ce que j’ai fait.

 

Je suis partie et j’ai fondé une association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, Parler. Implantée dans neuf villes françaises, elle permet à plusieurs centaines de femmes, ainsi qu’à quelques hommes, de se soutenir pour se donner de la force, s’entraider, échanger et avancer. Cette association m’a aussi permis de donner du sens à cette parole et de poursuivre mon engagement militant sous une autre forme.

 

Au cours de ces trois dernières années, je suis restée écologiste, économiste, toujours spécialiste de l’économie de l’environnement. Vice-présidente de l’université de Lille, en charge à la fois de l’égalité femmes-hommes, de la vie du campus et du développement durable, je me suis efforcée d’améliorer les conditions d’études de 75 000 étudiant·e·s. En parallèle, j’ai porté un recours contre l’Etat pour son inaction sur la pollution de l’air à Lille.

 

Pendant tout ce temps, j’ai observé la reconstruction de notre parti après les moments difficiles, admiré les militants et militantes qui œuvraient pour le faire fonctionner, évoluer et grandir.

Une question s’est alors imposée. Moi qui prétendais aider les femmes, quel message au fond leur envoyais-je en délaissant le terrain politique auquel j’avais pourtant choisi de consacrer une partie considérable de ma vie? Comme si parler conduisait à une mise en retrait et une forme d’assignation aux violences faites aux femmes. Ces violences ne détruisent pas ce que nous sommes, ni n’annulent nos parcours. Après la violence, vient le temps de la réparation. Après la réparation, celui de la résilience.

 

La Terre, l’Europe et la France ont elles aussi un besoin impérieux de cette résilience, d’une réconciliation et de justice. L’agitation, les tonalités guerrières, les extrémismes de tous bords grondent. Il y a urgence à retrouver le chemin des solidarités. L’heure doit venir pour l’écologie d’accéder au pouvoir. Pour mieux le changer mais aussi pour déployer une exigence de transformation émancipatrice, plurielle, imaginative et créatrice.

 

Je reviens avec la force de retrouver le terrain politique, écrire la voie d’une écologie par et pour toutes et tous. Je sais combien EELV est un parti à la pointe de tous les combats. L’écologie politique doit incarner une radicalité environnementale, une réconciliation sociale et sociétale.

 

Je reviens avec l’envie de me porter candidate à la primaire des écologistes pour la prochaine élection présidentielle. Je vous l’annonce aujourd’hui, consciente du chemin qu’il nous faut construire ensemble. Le moment est grave: la crise sanitaire nous bouleverse, la pauvreté explose, les dérèglements environnementaux s’accélèrent. J’ai confiance dans ce parti et ses idéaux. Le moment venu, cette confiance, je la solliciterai aussi auprès de vous, pour porter et incarner un renouveau démocratique et rassembleur en France.

 

Cette lettre est aujourd’hui l’occasion de me mettre au service des campagnes régionales et départementales, des mobilisations en cours partout où cela pourra être utile, parce que c’est une première étape que la présidentielle ne peut ternir, l’enjeu est trop important.

 

Je suis impatiente de vous retrouver, vous rencontrer, échanger, parler et construire demain ensemble. Pour toutes celles et tous ceux qui auraient envie ou besoin d’échanger, n’hésitez pas à m’écrire à sr@sandrinerousseau.fr.

 

Ecologiquement,

 

Sandrine Rousseau

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